L’art du questionnement à l’ère de l’intelligence artificielle

techniques de questionnement

Une compétence clé pour dialoguer avec l’IA

L’art du questionnement est au cœur de l’usage des intelligences artificielles génératives comme ChatGPT.
Pour bien interagir avec une IA, il ne suffit pas d’avoir une idée : il faut savoir poser les bonnes questions. La qualité d’un prompt dépend avant tout de la formulation, de la structure et de l’intention de la question.

💡 Poser une bonne question, c’est déjà une forme d’intelligence.


Le savant, ce n’est pas celui qui répond, c’est celui qui questionne

Claude Lévi-Strauss l’avait parfaitement résumé :

« Le savant n’est pas celui qui fournit les bonnes réponses, mais celui qui pose les bonnes questions. »

Cette citation illustre toute la puissance du questionnement comme outil d’exploration, d’apprentissage et de discernement.
On distingue d’ailleurs deux grandes familles de questions : celles qui cherchent la précision et celles qui ouvrent la réflexion.


Les questions fermées : l’art de cibler les faits

Les questions fermées relèvent du raisonnement quintilien classique : qui, quoi, quand, où.
Elles permettent de cadrer, de structurer, d’obtenir une réponse factuelle. C’est le socle du journalisme d’investigation, mais aussi du prompt bien conçu, lorsque l’on cherche des informations précises.


Les questions ouvertes : l’exploration et la compréhension

À l’inverse, les questions ouvertes encouragent la réflexion et le récit.
Elles commencent souvent par comment ou pourquoi, et invitent à une réponse riche, nuancée, parfois introspective.

Le pourquoi, notamment, permet de remonter à la cause racine — c’est la logique de la méthode des 5 pourquoi, chère au lean management.


Les QCM : entre exploration et influence

Les questions à choix multiples (QCM) se situent entre ces deux registres.
Elles peuvent stimuler la réflexion, mais présentent un risque : celui d’orienter la réponse.
En proposant déjà des options, elles installent subtilement une forme d’influence, voire de manipulation.


Piloter la conversation par la question

Poser une question, ce n’est pas seulement chercher une réponse. C’est piloter la conversation.
À l’ère de l’IA, cette compétence devient essentielle : c’est elle qui permet de guider la machine vers la réponse la plus utile.

Certaines questions sont sociales, comme le simple « ça va ? », qui crée du lien.
D’autres, comme les questions relais, servent à relancer la discussion.
Les questions miroir, elles, aident à clarifier, à reformuler, à mieux comprendre l’autre.


Quand la question devient instrument de pouvoir

Mais le questionnement n’est pas toujours bienveillant.
Il peut devenir une arme d’influence :

  • Les questions par projection reflètent les croyances de celui qui interroge.

  • Les questions déguisées — comme « ne pensez-vous pas que… ? » — contiennent déjà une part de réponse.

  • Les questions offensives ou compromettantes cherchent à déstabiliser.

⚠️ Le questionnement peut alors devenir déloyal, manipulatoire, voire coercitif.


Les questions candides : un levier d’ouverture et de maturité

À l’inverse, adopter une posture candide et curieuse favorise la compréhension du monde.
Se poser les bonnes questions devient un signe de maturité intellectuelle.
C’est aussi un outil d’esprit critique : plutôt que de juger, on interroge pour progresser.

Ce type de questionnement traduit une forme de résilience et d’intelligence émotionnelle.


Le questionnement positif en management et avec l’IA

Dans les approches agiles ou coopératives, le questionnement sert à comprendre et piloter, non à contrôler.
Le manager moderne n’impose pas de réponses : il crée des espaces de réflexion collective.
Cette posture s’applique aussi au dialogue avec l’intelligence artificielle : un bon prompt est avant tout une bonne question.


Vers une culture du questionnement permanent

Il est sain de se demander régulièrement pourquoi on fait les choses.
Certains, comme l’entraîneur Marcelo Bielsa, ont fait de cette habitude un véritable art du questionnement permanent.

Ne jamais cesser de se poser des questions, sur soi, sur les autres, sur le monde : voilà sans doute l’un des marqueurs les plus puissants de l’intelligence humaine.


📚 Référence
Claude Lévi-Strauss – Le savant n’est pas celui qui fournit les bonnes réponses, mais celui qui pose les bonnes questions.